Ce roman est sans aucun doute un grand classique de la littérature marocaine francophone. A lire et à relire, La Civilisation, ma Mère !… (1972) est un régal de poésie, d’émotions et d’humour intelligent. Le Marocain, le Méditerranéen, retrouveront leurs racines, une part de leur identité, dans ce défi que lance Driss Chraïbi à la tradition et aux valeurs du passé.
Ecrit en 1972, en pleines années d’idéologies émancipatrices, d’espoir d’une meilleure vie, de contradiction et d’injustice, ce roman remet les pendules à l’heure, encore aujourd’hui, nous fait revivre la cassure, le gouffre, qui peut exister entre un monde extérieur progressiste, et un monde intérieur qui cherche à préserver, qui a peur de se trahir. C’est dans un mouvement de libération que la mère, celle qui porte le poids de l’origine et du passé, appelle, par l’exemple et la détermination au progrès et à la modernité.
A propos de l’auteur
Driss Chraïbi (15 juillet 1926 - 1er avril 2007) est un auteur marocain de langue française. Il a également fait des émissions radiophoniques pour France Culture. Driss Chraïbi est un écrivain qui est trop souvent réduit à son œuvre majeure Le Passé Simple, et à une seule analyse de ce livre : révolte contre le père sur fond d’autobiographie. Or, Driss Chraïbi aborde bien d’autres thèmes au cours d’une œuvre qui n’a cessé de se renouveler : colonialisme, racisme, condition de la femme, société de consommation, islam, Al Andalus, Tiers-Monde. (*Wikipédia)
Résumé
Le narrateur (qui n’a pas vraiment de prénom, mais affirme qu’il avait six ans en 1936 (p. 24)) et son grand-frère Nagib, veillent amoureusement sur leur mère (qui n’a pas de prénom), femme ignorante, et pour cause : « À l’âge de treize ans, un autre bourgeois cousu d’or et de morale l’avait épousée, sans l’avoir jamais vue […] Qui était mon père » (p. 21). Au début du récit, elle ne sait pas écrire et ignore le progrès. Elle transforme un fait-tout moderne en brasero antique, confond la prise d’un fer à repasser avec un crochet « pour le suspendre après usage » (p. 51), et pour lui faire accepter l’existence d’un poste de radio, ses enfants sont obligés de lui faire croire qu’un magicien est caché dedans. En cachette du père, très pris par ses activités de directeur d’une entreprise commerciale, les deux fils décident de pourvoir à l’éducation de leur mère. Ils lui procurent des vêtements occidentaux et la font sortir d’une maison où elle vivait recluse depuis son mariage. Elle découvre l’existence de parcs publics et du cinéma, où elle invective les acteurs pour les empêcher de se jeter dans la gueule du loup ou leur reprocher un meurtre. Elle apprend aussi à écrire, tout cela dans la première partie du roman, intitulée « Être », qui bizarrement, est plutôt axée sur les biens matériels [2]. Au milieu du texte, c’est le traumatisme : le fils cadet part en France. Dans la seconde partie intitulée « Avoir », Nagib reprend le rôle de narrateur. Il a abandonné ses études, et assiste maintenant la mère, laquelle s’émancipe de plus en plus, y compris de ses fils : « Je ne suis pas en train de me libérer de la tutelle de ton père pour venir te demander ta protection » (p. 137), et même des livres : « À la porte, Tolstoï ! […] Tu as écrit des choses merveilleuses sur l’amour et les femmes, mais tu as été un tyran dans ta vie privée, j’ai contrôlé. À la porte, ouste ! à la porte, les poètes arabes à la poésie de cendres ! […] si vos vers sont vrais, pourquoi diable notre société est-elle malade ? pourquoi a-t-elle cloîtré les femmes comme des bêtes, pourquoi les a-t-elle voilées, pourquoi leur a-t-elle coupé les ailes comme nulle part ailleurs ? »(p. 154). Pendant la guerre, elle sillonne le pays pour ameuter ses sœurs. Ses études la mènent suffisamment loin pour qu’elle puisse quitter le pays et le père et rejoindre son fils.
(http://www.altersexualite.com/spip.php?article473)
