Voici le Pain Nu, un roman culte de la littérature marocaine arabophone. L’auteur, Mohamed Choukri, y raconte son enfance miséreuse, violente et cruelle, où la seule loi qui prévaut est celle du plus fort. Dans ces années 1940, Mohamed Chroukri rencontre les bas-fonds d’une société en proie à la famine et au désespoir, où les hommes, petits et grands, révèlent l’animal qui est en eux, et tombent, pour survivre à cette misère matérielle et intellectuelle, dans le pire : la haine, l’alcool, la drogue, la prostitution, la pédophilie, l’inceste et le meurtre.
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L’histoire, écrite en arabe à l’origine et traduite par Tahar Benjelloun, est celle d’un enfant du Nord du Maroc qui voit son père alcoolique étrangler son frère jusqu’à la mort, et qui doit vivre un vie où le fantasme n’est pas un mouvement vers l’Amour et le Beau, mais un mouvement nourri par la haine : tuer son père. C’est de là que ça commence, par un anéantissement de ses attaches. L’enfant doit survivre de ses propres moyens, se donner une vie là où il n’y rien à prendre, découvrir son corps, la femme, les lois de la rue et des bandits.
Le roman a été écrit dans le langage qui convient, dans le cru, sans pudeur ni métaphore. Le roman avait de quoi secouer le Maroc. Il fût interdit jusqu’en 2000. Il est encore aujourd’hui une leçon à ceux qui voient dans les valeurs perdues du passé, le seul espoir de notre temps. L’injustice existe toujours, mais qu’on se rappelle ces années, et on saura d’où nous sommes partis.
Azzedine Mabrouk, El Watan (novembre 2000)
« Le Pain nu est un roman fascinant. Une confession brusque et radicale de l’auteur sur son enfance. Une vie d’enfant de la rue de Tanger. Ce sont les tribulations tristes et désespérées d’un enfant abandonné à lui-même, comme il y en a tant aujourd’hui, de Tanger à Bogota, d’Alger à Kinshasa. Mohammed Choukri n’a jamais eu la chance de connaître un espace familial. Il a connu la rue avec ses habits de misère, la drogue, l’exploitation sexuelle et toutes les maladies. La vie l’a déchiré en mille morceaux dès son plus jeune âge. C’est de ça qu’il parle dans Le Pain nu ».
L’auteur : Mohamed Choukri
Écrivain marocain arabophone (1935-2003) qui vivait à Tanger, une ville qui occupe une grande place dans ses écrits.
Mohamed Choukri est né en 1935 à Beni Chiker, dans le Rif. La misère pousse sa famille à émigrer vers Tanger en 1942, puis vers Tétouan et Oran. Il retourne ensuite s’installer seul à Tanger. Sa langue maternelle est le berbère (rifain). Il n’apprend à lire et à écrire l’arabe qu’à l’âge de 20 ans. Il devient instituteur, puis professeur, après avoir été élève de l’École Normale et se met à l’écriture. Il est découvert, publié et traduit grâce à Paul Bowles. Sa première nouvelle paraît en 1966, il collabore ensuite régulièrement à des revues littéraires arabes, américaines et anglaises.
Extrait de Bibliomonde.com
